Les loups-garous n'existent pas

Édition n°71

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«- Votre honneur, votre honneur, faites taire la salle ! Je ne peux pas défendre mon client au milieu d'un tel vacarme !» 

Lui, c'est mon avocat. Il essaye de se faire entendre mais personne ne l'écoute. Il lève les bras au ciel, secoue la tête, s'en prend au public. Cette situation serait comique si ma vie ne reposait pas entre ses mains.

Mon nom est Lutz Wolfgang. Je suis un loup-garou, enfin la plupart des personnes assises dans cette salle le pense. Si à la fin de ce procès les juges le croient aussi, ils me feront pendre haut et court. Ça ne m'enchante pas vraiment. 

«- Monsieur Wolfgang 

- …

- Monsieur Wolfgang, c'est bien votre nom ?

- Oui, votre honneur.» L'un des juges s'adresse à moi. C'est la première fois depuis le début du procès.

«- Qu'avez-vous à répondre à ceux qui vous accusent d'être un lycanthrope ?

- D'être un quoi ?

- Un lycantrophe. Du grec lúkos qui veut dire loup et ántrôphos qui veut dire homme. Un loup-garou si vous préférez.

- Je suis musclé et plutôt poilu, cela fait-il de moi un lycantruc ? Si c'est le cas, alors je vois d'autres loups-garous dans cette salle.» Le public s'agite. Il rit de bon coeur.

«- Silence ou je fais évacuer la salle ! Reprenez monsieur Wolfgang.

- Les loups-garous n'existent pas votre honneur. Les loups nous fascinent depuis des siècles. Ils ont partagé les mêmes territoires que nos ancêtres, chassé les mêmes proies et certains d'entre eux sont même devenus nos chiens. Mais les loups nous font peur aussi. Ils aiment l'obscurité, sont forts, agiles, rusés et parfois féroces. Dès l'Antiquité, cette fascination a inspiré aux poètes grecs cet être humain capable de se transformer en un loup énorme les nuits de pleine lune. Rien de plus.

 

- Votre honneur !» Mon avocat sentant la situation lui échapper essaie de reprendre la parole.

«- Maitre, vos gesticulations nous ont beaucoup amusées toutefois je pense que votre client se défend mieux sans vous. Poursuivez monsieur Wolfgang.

- Fantômes, sorcières, vampires, loups-garous : l'ignorance est à l'origine de toutes ces croyances.

Quand on ne trouve pas d'explication à un problème grave, on invente un coupable.

- Comment cela ?

- Prenons le cas des vampires. Les épidémies de peste et de choléra ont tué des millions de personnes à travers le monde sans que l'on sache comment se transmettaient ces maladies. Alors on a inventé une créature qui contaminerait les humains en leur suçant le sang : le vampire.

Moi je pense tout autre chose. Des scientifiques disent que ces microbes sont transmis par l'intermédiaire de la nourriture, dans le cas du choléra, et par une puce dans celui de la peste.

- Les vampires existent !» Dans le public une voix s'est élevée suivie par d'autres.

«- Silence dans la salle !» les interrompt le juge.

«- Votre honneur, vous imaginez un mort, revenu à la vie, amateur de sang frais qui fuirait devant une gousse d'ail. Ça n'est pas très sérieux.

- Et que dites vous à ceux qui croient aux fantômes ?

- C'est une invention. Une pure invention. Connaissez-vous les lémures votre honneur ?

- Euh, non. Poursuivez.

- Les lémures sont les fantômes romains. Les romains pensaient que les esprits des morts revenaient régulièrement visiter les maisons où ils avaient vécu. La légende a traversé les siècles et les lémures sont devenus des revenants, des zombies et bien entendu des fantômes.

- Vous avez autre chose à ajouter en conclusion ?

- J'aimerais finir avec le cas des sorcières, si vous le permettez.

- Je vous en prie. Faites.

- Au début, les sorcières étaient tolérées. Elles prédisaient l'avenir, soignaient avec des plantes et préparaient des potions magiques plus ou moins efficaces. Malheureusement pour elles, à l'approche de l'an 1 000, on se mit à les craindre. Autrefois inoffensives, elles furent alors décrites comme des servantes du diable, volant sur des balais et capables de lancer des sorts terribles. Comme vous le voyez toutes ces créatures maléfiques ont été inventées.

- Vous avez terminé.

- Oui, votre honneur.

- Bien, alors Monsieur Wolfgang, vous allez retourner dans votre cellule le temps que nous délibérions.»

 

Les délibérations entre les juges durèrent longtemps, tellement longtemps que la pleine lune était haut dans le ciel quand on alla chercher Lutz Wolfgang pour le libérer. Mais il n'était plus là. La porte de sa cellule, couverte de traces de griffes, avait cédé de l'intérieur, comme si une bête puissante l'avait enfoncée. Il ne restait de lui que ses vêtements en lambeaux sur le sol. Les deux geôliers se regardèrent avec effroi tandis qu'au loin il leur sembla entendre le hurlement d'un loup. 

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Avis rédigé par Marina le jeudi 14 novembre 2013 à 16:53
Belle histoire. J'aime beaucoup les histoires fantastiques.

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