Le Père Noël a perdu son costume !

Où est passé le costume du père Noël ? Nous sommes le premier décembre. Le Père Noël déambule entre les ateliers couverts de neige. Derrière les grandes verrières décorées de rosaces de givre, il voit les lutins s'activer. Ils travaillent sans relâche sur les chaînes de montage de jouets.

Le Père Noël a perdu son costume !
© Hugo l'escargot

PING et PANG ! PANG et PING ! Le bruit est assourdissant. Dans l'atelier n°1, de petits bonshommes et de petites bonnes femmes, coiffés de chapeaux pointus et armés de maillets, sont en train d'assembler de rutilantes voitures à roulettes. À mesure que le Père Noël s'éloigne, le raffut des marteaux est remplacé par celui des machines à coudre. PIQUE, PIQUE, PIQUE et PIQUE, PIQUE, PIQUE ! À l'intérieur de l'atelier n°2, des armées de petites mains cousent et ajustent les robes des poupées. Il avance encore. SCRATCH, SCHRITCH, SCHRITCH, SCHRATCH. Un drôle de concert s'échappe de l'atelier n°3. Il le reconnaîtrait entre tous, c'est celui du papier que l'on taille pour emballer tous les cadeaux.
Pourtant, ce vacarme qu'il apprécie tant d'habitude, il l'écoute à peine aujourd'hui car il est tourmenté : il a égaré son célèbre costume rouge et blanc !

PING-PANG ! Père Noël ! PIQUE-PIQUE ! Père Noël ! SCRITCH-SCHRATCH ! Père Noël !

"- Qui m'appelle ?" demande-t-il enfin.

Un lutin débutant, facilement reconnaissable à sa courte barbe, avance péniblement dans la neige. 

"- Bonjour Père Noël, je suis un lutin de l'atelier n°4…"

Il s'interrompt pour retrouver son souffle puis reprend,

"Excusez-moi, je suis un peu essoufflé à force de marcher dans la neige, mais j'ai une question à vous poser ?

- Désolé mon petit, je n'ai vraiment pas le temps d'y répondre. Je suis très préoccupé, enfin très occupé."

Plantant là notre lutin, le Père Noël poursuit sa route et plonge de nouveau dans ses pensées. "Mais comment ai-je pu perdre mon costume ?" Se demande t-il. "Où ai-je bien pu le ranger ?"

© Hugo l'escargot

Bon, vous ne le savez peut-être pas mais le Père Noël ne porte pas toujours cette tenue. Ce costume, il ne l'enfile que le soir du 24 décembre. Le reste du temps, il s'habille plus simplement. Il est en bleu de travail pour bricoler. Il est en vert pour jardiner. Il est en blanc pour se coucher. Et justement, ses dernières nuits furent agitées. Il se voyait déposant les cadeaux aux enfants, seulement vêtu de son plus beau caleçon. Quelle horreur ! Il en a encore des sueurs froides. Chaque fois, il se réveille en sursaut, rassuré de constater qu'il se trouve dans son lit aux côtés de la Mère Noël. En parlant de la Mère Noël… il lui demanderait bien de l'aide, mais il entend déjà sa réponse :

"Tu vois bien, sans moi tu es perdu, et comment as-tu fait pour égarer ton costume ? Tu n'as que ça à penser ! ", et patati et patata, et gnagnagni et gnagnagna.

Ni une, ni deux, au matin du sept décembre, après une longue série de nuits blanches, il se lance seul dans une enquête discrète, pour ne pas éveiller les soupçons de sa femme. Ce jour là, il effraie les lutins de l'atelier n°5, quand il sort brutalement de la pile de tissu destinée à fabriquer les nounours. Il vient de retrouver sa paire de bottes. C'est un bon début !

© Hugo l'escargot

Le 14 décembre, la production des trains électriques est suspendue. Une épaisse fumée s'échappe de l'un des tapis roulants de la chaine de montage. Contre toute attente, le Père Noël est responsable de cette panne. Il a toutes les difficultés du monde à expliquer comment ses cheveux se sont coincés dans les engrenages du tapis roulant. En dépit de la douleur occasionnée par sa mésaventure, il sourit car il vient de retrouver, à cet endroit, son pantalon constellé de tâches de graisse et de poussière. Il a tout juste eu le temps de le cacher avant qu'on ne le dégage de là-dessous. Le voilà désormais à moitié habillé !
Sept jours plus tard, c'est derrière un porte-manteau de l'atelier n°3, qu'on le découvre. Il peine à soutenir le regard de la Mère Noël quand elle lui demande ce qu'il fiche ici, mais il affiche malgré tout son plus beau sourire car il a mis la main sur son manteau. Il est couvert de paillettes, de cheveux d'anges et de fils dorés, mais c'est bien lui qu'il dissimule dans son dos. Seul ombre au tableau, il est toujours poursuivi par cet apprenti lutin qui veut lui poser une question.

© Hugo l'escargot

Au lendemain de la découverte de son manteau, il recommence à croire qu'il aura fière allure le jour de son départ vers la Terre. Or le soir du 24 décembre, il lui manque toujours son bonnet.  C'est alors qu’apparaît le lutin, comme toujours essoufflé. "Père Noël, je sais que ça n'est pas le moment mais je crois que vous devriez enfin m'écouter.
- Mon pauvre ami, tu tombes bien mal, je dois m'habiller avant de partir pour distribuer les jouets de tous les enfants du monde.

© Hugo l'escargot

- Je sais, je sais, justement, je pense que ceci vous appartient."

C'est alors qu'il lui tend fièrement un bonnet autrefois rouge mais aujourd'hui maculé de peinture rose.

"- Je l'ai retrouvé dans l'atelier n°4, celui où nous peignons les maisons de poupées."

Le Père Noël ne sait pas s'il doit se réjouir de cette découverte, car il n'est plus temps de teindre ce bon vieux bonnet. Il remercie rapidement le lutin et se précipite dans sa chambre pour enfiler l'ensemble de son costume. Il glisse ses pieds dans ses bottes. Pendant leur séjour dans l'atelier de confection de nounours, elles ont reçu de la colle, et sur la colle, du tissu, et sur le tissu, des poils de nounours, mais bon ça devrait coller. Ensuite, il met son pantalon. Les tâches d'huile et de cambouis ne sont pas parties, mais bon ça devrait aller. Il passe ensuite son manteau. Il a eu beau le brosser, rien n'y a fait, il est toujours couvert de paillettes, de cheveux d'anges et de fils dorés. Mais bon, ça devrait passer. Pour finir, il enfile son bonnet. Là, ça n'est pas terrible, mais le temps est compté, il ne peut rien y changer. Et au fait, où sont donc ses lunettes ? Le bruit de verre brisé qu'il vient d'entendre sous sa botte droite n'annonce rien de bon, mais là, il faut y aller…

© Hugo l'escargot
Ce soir là, alors que ses rennes piaffaient d'impatience, que les lutins chargeaient sa hotte et que son attelage était fin prêt à s'élancer, le Père Noël apparut enfin. Vêtu d'un costume couvert de cambouis, de peinture et de cheveux d'anges, avec sur le nez des lunettes rafistolées, il s'installa, l'air de rien, aux commandes de son traîneau. Son attelage s'élança et disparut bientôt en ne laissant derrière lui qu'une traînée de paillettes. La Mère Noël, qui d'ordinaire trouvait toujours ses mots, resta bouche bée bien après que ne cessa de résonner dans le ciel le célèbre "Ho,Ho,Ho" de son mari.
Depuis ce jour, la Mère Noël appelle son mari le "Perd-Tout" mais surtout ne lui demandez pas pourquoi : elle lèverait les bras au ciel, vous dirait que son mari n'a pas de tête, qu'il est perdu sans elle et patati et patata et gnagnagni et gnagnagna.

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